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Professeur de musique en collège

21 novembre 2014
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Jean-Baptiste
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Professeur de musique en collège

À partir de quel âge as-tu choisi ton métier de professeur de musique ?

J'ai fait ce choix de carrière très jeune. J'étais en classe musicale, dès la sixième, à 11 ans et c'est dès cette époque que j'ai choisi d'être prof de musique sans jamais changer d'avis. J'avais un super prof de musique qui m'a confortée dans ce choix et je n'ai jamais souhaité en changer. Je voulais moi aussi faire partager ma passion de la musique.

Quelles études as-tu faites ?

J'étais donc en classe musique au collège puis j'ai connu les classes T5 au lycée, les classes musique, beaucoup de musique, des horaires aménagés, des demi-journées au conservatoire, suivies d'un bac musique F11. Après le bac je suis allée en faculté de musicologie, à Lyon, pour avoir une licence puis le Capes, suivi l'I.U.F.M. Je travaillais à côté, je n'étais pas très sérieuse, d'ailleurs. J'ai eu la chance de l'avoir mais j'étais mal classée. J'ai fait une formation de stagiaire à Dijon qui était extraordinaire avec un formateur qui m'a tellement donné envie que je suis sortie très motivée et chargée à bloc et toujours pleine d'envie de partager la musique avec les enfants.

Depuis combien de temps enseignes-tu ?

Depuis dix-dept ans.

Quel a été ton parcours professionnel jusqu'à aujourd'hui ?

J'étais professeure à vingt-trois ans. J'ai fait mon stage dans un collège isolé de l'académie de Bourgogne, à Montceau-les-Mines, avec un public défavorisé. Pour mon premier poste, j'ai été envoyée dans l'académie de Créteil. Là, j'ai eu beaucoup de chance ; je suis tombée dans un collège/lycée avec classes musique, à Thiers. J'ai aussi connu des collèges à Rungis et Villeneuve, une zep très difficile. Je me souviens qu'il restait un trou fait par une balle de pistolet dans ma classe. C'est dans cette académie que j'ai rencontré mon compagnon, également prof de musique, qui m'a convaincue de partir en Martinique. Nous y sommes restés sept ans. Là-bas j'ai été TZR tout le temps mais j'ai toujours à peu près réussi à retomber dans le même établissement, à Rivière-Salée, avec des compléments à droite à gauche. Au bout de sept ans, nous sommes revenus en France. Nous avons fait le choix de l'académie de Grenoble où nous rêvions des montagnes de la Savoie. C'est notre 19ème voeu qui nous a été accordé, soit le sud de la Drôme. Je suis actuellement à Pierrelatte, en poste fixe, dans un collège/lycée avec option musique, qui va passer REP+. J'en ai vraiment bavé, c'était un vrai cauchemar. Mais finalement, au bout de six ans, c'est la première année où je peux dire que je n'ai pas de réel souci de comportement dans mes classes. Mais il a fallu du temps pour me faire une bonne réputation.

Parle-nous de ton premier poste ?

Il était à Montceau-les-Mines, en Bourgogne, j'avais trois heures de route aller, trois heures retour, c'était terrible. Ça a été très dur parce que j'ai eu le capes et on m'a dit du jour au lendemain "Hop, tu vas devant des élèves", non formée. Je me suis retrouvée devant des élèves et ils m'ont dit "Madame, on a notre flûte", je leur ai répondu "C'est génial, vous allez m'apprendre, je n'ai jamais fait de flûte de ma vie !", on a beaucoup ri. Je crois que le jour de la rentrée j'avais encore plus peur qu'eux.

Qu'est-ce qui est le plus difficile pour toi dans le métier de professeur ?

Le plus difficile c'est que par moments on va tomber dans des collèges qui sont d'un très bon niveau avec des enfants très faciles à gérer et d'autres beaucoup plus difficiles. C'est cette hétérogénéité qui est difficile.
Je te donne un exemple : il y a six ans, pour mon premier poste dans la Drôme, le vendredi matin, j'avais trois classes de sixième dans un collège très difficile, et l'après-midi, trois sixièmes dans un collège vraiment très facile où les enfants pouvaient laisser leur sac dans le couloir, personne n'allait fouiller dedans alors que le matin, les vols avaient lieu jusque dans la salle de classe. Donc entre le vendredi matin et le vendredi après-midi, il y avait un autre monde. Je ne finissais jamais mon programme le vendredi matin alors ça que ne posait pas de problème le vendredi après-midi. L'après-midi, toutes les mains se levaient alors que le matin, c'était plus "Madame, on a pas fait notre travail". Les différences de résultats pour un même contrôle étaient gigantesques entre les deux demi-journées.
Suivant l'endroit où l'on tombe, on peut être des profs épanouis, on rentre à la maison, on est tout sourire alors qu'on est d'une humeur massacrante en rentrant d'un cours qui s'est mal passé, et on est très fatigué.

Tu as donc été T.Z.R, est-ce que tu gardes le souvenir d'une situation difficile ?

Alors, avantages / inconvénients. Avantages : Comme on change énormément d'établissement, on n'a pas de routine. C'est à dire qu'on voit un public différent chaque fois, les collègues, c'est sûr qu'on ne les connaît pas trop mais en même temps on ne rentre pas dans tout ce qui est conflit. Si on est sur deux établissements, on peut choisir plus facilement ses réunions. Inconvénients, c'est que les enfants n'ont pas le temps de nous connaître. En arrivant dans un établissement, il faut se faire un nom, ça prend du temps. Pour les trajets maintenant, j'ai eu la chance de ne jamais tomber très loin de chez moi, ce qui n'a pas été le cas de mon compagnon qui lui, pouvait être à deux heures de voiture de chez nous, comme à un quart d'heure. Quand on avait un bébé en bas âge, c'est moi qui râlais : parce que je n'avais pas beaucoup de trajets, oui, mais j'étais toute seule !

Quel est ton plus beau souvenir de cours de musique ?

Des concerts quand j'étais en Martinique. J'ai fait des concerts où les enfants s'y donnaient tellement qu'il y avait une énergie qui se dégageait du groupe qui était extraordinaire. Mes plus beaux souvenirs sont en Martinique par rapport au fait que les enfants étaient très volontaires. Il y avait beaucoup d'agitation et de bavardages et les cours pouvaient être un peu pénibles mais les résultats étaient vraiment extraordinaires.

As-tu l'impression de bien respecter les programmes de musique ?

Au niveau du contenu oui. Dans les établissements faciles, j'arrive à les finir. Dans les établissements difficiles je n'arrive pas à les finir. Mais comme m'a dit l'inspecteur quand il est venu me voir, mieux vaut de la qualité que de la quantité, toujours finir ce qu'on a commencé et être exigeant. Je préfère presque perdre du temps et faire les choses bien que de tout faire à moitié. Comme je suis la seule professeure de musique du collège et que je les retrouve même en lycée, ça ne pose pas vraiment de problème.

T'es-tu intégrée facilement aux nouveaux programmes d'histoire des arts ?

Non, j'ai beaucoup de mal parce que dans un établissement difficile, ils ont beaucoup plus besoin de pratique. Ils ont déjà beaucoup de théorie, ils ne sont vraiment pas scolaires, ne travaillent absolument pas chez eux. Dans une classe, si j'en ai deux qui travaillent, c'est déjà bien. Le programme d'histoire des arts rajoute encore des apprentissages, rajoute de la théorie à quelque chose qu'ils n'ont absolument pas envie de faire. Ils aiment l'instrument, ils aiment taper sur des percussions, ils aiment bien chanter mais l'histoire des arts, ils n'aiment pas trop et du coup, moi non plus dans ces conditions.

As-tu senti, sur dix-sept ans, une baisse du niveau des élèves ?

Comme j'ai connu des collèges de plus en plus difficiles, de mon point de vue, je dirais oui mais je ne suis pas sûre de pouvoir être catégorique sur ce point. J'ai trop changé d'établissements... Je ne sais pas...

As-tu fait travailler la flûte à bec ?

Dès mes débuts, en effet, je faisais faire de la flûte à bec à mes élèves. J'ai arrêté avec les nouveaux programmes mais ça m'a posé un énorme souci parce qu'il n'y avait plus de pratique instrumentale (hors percussions). Donc, d'une manière ponctuelle, je l'ai même dit à mon inspecteur, je refais de la flûte et les enfants sont demandeurs. C'est une option, ils viennent avec une flûte s'ils le souhaitent. S'ils n'en ont pas, ils font du rythme, ils chantent. Cela fait quatre ans que j'ai arrêté la flûte à bec officiellement et le regrette vraiment.

Est-ce que tu envisages parfois de changer de métier ?

J'y ai songé. Un établissement très difficile, un bébé en bas âge, le troisième, une maladie, une très grande fatigue, je n'en pouvais plus et l'idée m'a traversé la tête, oui. Je ne supportais plus les élèves et je me suis demandé si j'étais encore faite pour être prof. Maintenant que je suis plus en forme, que les enfants sont un peu plus grands et que les cours se passent mieux, je recommence à être heureuse dans mon métier.

As-tu l'impression que le professeur de musique est pris au sérieux à l'intérieur d'une équipe pédagogique ?

Suivant les collèges, suivant les principaux, suivant l'équipe pédagogique, le professeur de musique peut être vu de manière très différente. En Martinique, à mes débuts, je n'étais absolument pas prise au sérieux. J'ai eu droit à des phrases comme "La musique ça sert à rien" de la part des collègues et ce n'est qu'à force de travail, à force de réaliser des projets, de montrer de beaux concerts que les mentalités ont commencé à évoluer et j'ai commencé à avoir une vraie place. En revenant en France, à nouveau, j'ai eu du mal à faire ma place, à être prise au sérieux. J'ai dû tout recommencer avec de bons résultats mais suite à un changement de direction, j'ai à nouveau baissé d'un cran. Ils ne se déplacent pas pour les concerts, problèmes de budget... C'est donc très variable d'un établissement à l'autre mais l'investissement du professeur y fait beaucoup.

Merci Aurélie.

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