musicotherapeute

Musicothérapeute

Rencontre avec Michel Arun, musicothérapeute

Par Jean-Baptiste le 28 novembre 2014.



Qu'est-ce que la musicothérapie ?

C'est très difficile à résumer pour éviter les clichés. Beaucoup de gens imaginent la musicothérapie comme : j'écoute de la musique et je suis bien. Ce n'est pas ça du tout. On peut dire pour commencer qu'il y a deux types de musicothérapie. La musicothérapie passive et la musicothérapie active. On part de la personne, dans ce qu'elle est, dans sa globalité, aujourd'hui, comme elle nous arrive, avec tout son passé et à partir de là, en prenant conscience d'elle-même, en prenant conscience du son, elle pourra commencer à se transformer. À partir de là, il existe différents outils, différents instruments. Une personne ira plus volontiers vers un piano, une autre vers une guitare, ou des percussions ou percussions corporelles, une autre ira naturellement vers un instrument bizarre. La voix est un outil extraordinaire. La personne se met en travail avec elle-même grâce à la musique. J'aime bien l'expression « Passer du JEU au JE ». On se sent sujet de soi-même. Il y a quelque chose qui se passe qui est un peu indéfinissable. Je ne m'aime pas mais je vois que je peux chanter, je peux jouer, je peux être créatif. Mon regard sur moi-même et sur les autres change. Je ne suis pas une personne qui pense, je suis là dans la vie, dans l'instant. Le but est toujours une présence à soi-même plus grande.

Je vous donne un exemple pour illustrer ça : On est en atelier, on se concentre sur la respiration et tout à coup, on écoute le silence qu'il y a autour, on écoute le son, par exemple un « a », la façon dont il sonne dans la pièce et la façon dont le corps réagit à son écoute. Immédiatement, l'attention, la concentration, la présence, la conscience de la personne va être modifiée car l'attention va être portée ailleurs. Puis on va sentir nos pieds, à l'endroit où l'on et rentrer dans une histoire où l'on va commencer à raconter soi-même quelque chose. Ce qui est très important en musicothérapie, c'est que l'on n'est pas en direct. Un psychiatre, lui, va utiliser la parole, nous on est dans l'action. La personne est active pour que se déroulent des choses « mine de rien ». On ne se rend pas forcement compte qu'on est en train de travailler, mais on travaille.

J'aime bien parler de médiateur artistique. Parce qu'on utilise le média de l'art pour exprimer des choses. Suivant la finesse du professionnel, il va être capable de repérer des choses et de les utiliser pour rebondir, pour aider la personne à s'approcher d'elle-même. Son rôle est juste de canaliser ce que la personne va faire, de l'amener à être créative, expressive, à dire des choses, à dénouer des choses sans forcément s'en rendre compte, avec l'aide de l'accompagnant. Le rôle du musicothérapeute est donc d'accompagner, pas d'imposer. Il ne dit pas « Joue-moi ceci, joue-moi cela. » Toute personne amène quelque chose, induit quelque chose.

Il se passe des choses incroyables. On peut voir des gens Alzheimer, qui déambulent, complètement perdus à eux-mêmes qui se retrouvent sur plusieurs séances en cercle, en attente, participatifs et complètement présents.

Mais on peut aussi voir la musicothérapie de manière beaucoup plus légère parce que tout simplement on y trouve du bien-être, on apprend à occuper l'espace avec sa voix, on apprend à trouver un terrain de communication avec soi-même et les autres, à se sentir bien, dégager des blocages, tout un tas de choses qui font énormément de bien sans chercher forcément à aller faire de la thérapie. Ça peut faire un bien fou. Il peut y avoir de belles rencontres qui déclenchent des choses.

Avec quels types de patients travaillez-vous ?

Il y a beaucoup de possibilités. Je travaille beaucoup en hôpital et en maison de retraite avec des personnes âgées ou malades ou en position de grande solitude. Je travaille aussi avec des enfants. Des personnes peuvent venir me voir individuellement et je fais beaucoup de groupes. La musique permet de se mettre en relation, de chanter, de jouer et de reprendre confiance en soi et de faire tout un tas de choses qu'on pensait impossibles.

J'aime bien travailler avec des groupes en entreprise par exemple avec lesquels ça ne se passe pas très bien ou qui ont envie de développer l'esprit d'équipe. On peut commencer parfois en surface et être amenés à faire un travail profond si ça s'y prête. Je prends l'exemple de deux personnes avec lesquelles ça ne se passe pas bien au travail, qui ne se sont jamais parlé, qui ne se rencontrent pas ou même qui ne se supportent pas. Sur une séance de groupe, en utilisant le prétexte, l'outil de la percussion ou de la voix, on peut faire chanter le prénom de tout le monde, le prénom est un déclencheur personnel, on rajoute les percussions. On commence à se raconter des histoires, en rythme. J'utilise le dispositif qui me semble adapté à la personne ou au contexte ou à ce que je veux amener. On voit parfois des choses incroyables : des personnes qui se racontent des trucs et qui s'engueulent même en rythme et qui se reparlent. À la fin ils sont amis et ils se parlent comme jamais ils ne se sont parlés en dix ans. Toujours dans le « mine de rien », dans le non verbal. Dans la musicothérapie, essentiellement, on est dans le non verbal. C'est une première chose très importante. Ensuite on peut utiliser la parole pour développer des choses, pour les nommer, pour les comprendre, pour les extérioriser une fois que le travail a été fait. On ne commence pas par « Bonjour, comment ça va, raconte-moi ton histoire. Tu as eu tel problème avec ta mère... ». Avec tout ce qui est sonore, on est ramené tout de suite au présent, à soi-même.

La clientèle, ça peut donc être des adolescents en difficulté, des enfants, des enfants malades, des personnes hospitalisées, des personnes âgées ou des groupes, des personnes en difficulté ou en recherche.

Quelle formation avez-vous suivie ?

Il y a un double cursus. Il y a ce qu'on appelle « Médiateur artistique », moi c'est la musique, mais ça peut être aussi la peinture ou différents medias pour arriver au but. Et un deuxième cursus d' « Art-thérapeute » sur deux ans, beaucoup plus pratique que théorique, à l'INECAT (Institut National d'Expression de Création d'Art et Transformation), qui se termine par des stages et une soutenance de mémoire. Ce sont parmi les seuls qui fournissent un diplôme reconnu par l'état.

Beaucoup de gens font deux stages, ils font un voyage en Inde de trois jours et ils se disent « Ça y est, je suis musicothérapeute », c'est une catastrophe ! On joue à l'apprenti sorcier. On ne peut pas jouer avec ça. C'est important d'avoir une formation solide. Ensuite, la sensibilité de chacun est importante aussi. Mais j'aime beaucoup les techniques indiennes parce qu'elles sont extrêmement riches et c'est extraordinaire ce qu'on arrive à faire avec.

Des techniques indiennes ? De quelles techniques s'agit-il ?

Il y en a beaucoup. Celle qui est la plus connue et dont on peut le plus facilement parler c'est le nada yoga. Nada c'est l'essence du son. Selon la tradition indienne, le son est à l'origine de l'univers et tout n'est que vibration jusqu'à la matière plus ou moins dense. Nous, nous utilisons la gamme Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do, mais eux, ils vont utiliser sa, re, ga, ma, pa, da, ni, sa. Les sons en eux-mêmes véhiculent des choses, ont un certain pouvoir. Je vous donne un exemple. Si vous dites « chocolat », 5 fois, 6 fois, ça va évoquer une image, ça peut donner de l'appétit ou d'autres choses. De la même manière, si on utilise d'autres mots, ça va véhiculer d'autres choses. La conscience sera amenée à différents endroits selon ce que l'on veut véhiculer.

Je vais prendre un exemple pour illustrer la notion de Nada. On tape sur une cymbale. Il y a le choc « Ding ! » mais si on écoute, il y a le son qui continue, qui se propage, qui se termine puis le silence qui le suit. Le nada, justement, c'est le son après. Ce n'est pas le son de l'impact mais tout ce qu'il y a après jusqu'à son extinction. On commence à entendre des harmoniques, à entendre des choses différentes.

Rentrez-vous dans le domaine du paramédical ?

Pas trop. Mais ce qui est important c'est ce que vivent les gens. Certains nous voient comme des animateurs et rien d'autre mais quand ils commencent à observer en passant dans le couloir ou en étant invités, ils voient ce qui se passe et ils sont surpris. La musicothérapie commence à être vraiment reconnue. Les neuropsychiatres sont de notre côté. Les neurosciences démontrent les effets de notre travail sur le cerveau. On peut voir sur image l'utilisation et la restauration de zones jusqu'ici endormies. Aux gens pragmatiques qui ont besoin d'avoir du concret sous les yeux, qui veulent des preuves, on peut en donner très facilement.

Est-ce que vous êtes musicien par ailleurs ?

Je suis avant tout un musicien. J'ai même eu ce reproche dans ma formation, par une musicothérapeute qui m'a dit : « Je ne sais pas trop pour vous, j'ai l'impression que vous êtes un peu trop musicien. » Ça m'a beaucoup travaillé et j'ai beaucoup réfléchi à ça. J'ai compris ce qu'elle a voulu dire plus tard. Le but est le plus possible d'accompagner l'autre, de le soutenir d'instant en instant et de s'effacer le plus possible pour pouvoir l'autoriser à devenir son propre musicien, à être créatif.

Merci Michel

Michel Arun Hamaoui
3, Rue Edgar Poe
33700 Merignac
Tél : 06 98 88 88 19 ou 06 62 48 09 14
Email : behappymusics@gmail.com



En savoir plus sur le métier

Articles

  • Wikipedia, article très renseigné et annoté avec une partie Histoire de la musicothérapie.
  • Cité de la musique, fiche métier très complète sur les missions du métier de musicothérapeute.
  • Passeport santé, un article plus en surface, plus convenu.
  • Ateliers AMXB, Ateliers de musicothérapie de Bordeaux
  • AMARC, stages de formation pour les professionnels de santé.

Les formations

  • AMT, atelier de musicothérapie de Toulouse. Formation continue et formations thématiques.
  • D.U. Musicothérapie, diplôme de musicothérapie de l'université de Nantes, 3 années d'étude.
  • AMIF, Atelier de musicothérapie d'Île de France, 200 heures de formations sous forme de stages thématiques.
  • Inecat, mentionné dans l'article.
  • AMB, Ateliers de Musicothérapie de Bourgogne, stages.
  • Université de Montpellier, Diplôme universitaire de musicothérapie, stages, conférences.

Autres


Vidéos

Si vous tapez "Musicothérapie" dans Youtube, vous trouverez tout et n'importe quoi : des très grosses bêtises, c'est à dire des émissions grand public sans grand intérêt où le musicothérapeute est juste là pour donner un pretexte aux clowneries de l'animateur, à éviter ! Certaines vidéos vous montreront une conception assez ancienne de la musicothérapie. Certaines mélangent musicothérapie et New Age. S'il y a des passerelles, je dis attention et si vous avez lu l'article, vous savez que la musicothérapie est à prendre au sérieux et ne comporte pas qu'un volet Bien-être immédiat.

Sylvain Lacouchie, Atelier de Musicothérapie du Limousin, Extrait du JT de France 3 Limousin du 2 Novembre 2013. Présentation du travail très proche de celui décrit par Michel Arun :



Neurologie et musicothérapie. Jacques Touchon, neurologue s'appuie sur la musicothérapie : "La musique permet de diminuer le niveau d'anxiété, de diminuer le niveau de dépression, de diminuer de façon très nette les troubles comportementaux et de diminuer aussi la consommation de médicaments. La musicothérapie peut être un atout extrêmement important." Stéphane Guétin, musicothérapeute-chercheur : "On a développé une méthode qui reprend les modes d'action et les principes théoriques de l'hypnose ou d'autres techniques dérivées comme la sophrologie sauf qu'on a remplacé l'induction verbale par une induction musicale qui va amener progressivement la patient à la détente et à une modification de conscience pour mieux gérer la douleur. On utilise de la musique uniquement instrumentale basée sur les goûts et l'histoire de vie du patient."

VIDÉO SUPPRIMÉE

Interview de Nicolas Meylheux, musicothérapeuthe, qui travaille sur la maladie d'Alzeihmer et autres troubles neuro-cognitifs.



Nathalie Leduc, musicothérapeute en hôpital, au Québec : "La musicothérapie est un mode d'expression non verbal qui permet aux jeunes de s'exprimer là où la parole ne pourrait dire. C'est également une façon de permettre à l'enfant de renouer avec des ressources internes via la créativité afin qu'il puisse retrouver un équilibre émotionnel.







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2. Posté le 11 octobre 2015 à 18h41 par sweetlilou


Les sons et les musiques du massage sonore proposent des fréquences, des notes, des harmonies à notre corps physique, émotionnel, et mental. Cette symphonie extérieure vient résonner en nous grâce au phénomène de résonance et harmoniser nos symphonies intérieures grâce au phénomène de synchronisation. C'est pourquoi la musicothérapie apporte du bien-être. Pour en savoir plus à ce sujet, je vous invite à visiter cette page: http://musicotherapie.confort-domicile.com/
1. Posté le 25 mars 2015 à 20h48 par Sylvain Lacouchie


Bonjour et félicitation pour votre article qui illustre bien les spécificité de cette pratique.
Sylvain Lacouchie
www.musicotherapie-aml.com