Paroles
1. Il est une douce harmonie
Que j'aime et n'oublierai jamais :
C'est la bizarre mélodie
Du vent soufflant dans les genêts.
Tout enfant j'aimais à l'entendre,
Elle me berçait jusqu'au jour ;
Plus tard elle rendit plus tendre
Mon premier rendez-vous d'amour !
Chaque soir, sur la lande immense
Quand tout s'endort,
J'écoute l'étrange romance
Des genêts d'or !
2. C'est Elle qui, les soirs d'orage,
Au milieu des ajoncs fleuris,
Fait tourbillonner avec rage
La Ronde des Mauvais Esprits ;
C'est Elle qui se fait plus folle
Aux jours de Fêtes, de Pardons,
Accompagnant la farandole
Que font nos joyeux gas Bretons.
3. Lorsque, derrière sa charrue,
Peine le pauvre laboureur,
S'il se plaint, d'une voix bourrue,
De la dureté du labeur,
La Voix des Genêts lui murmure :
« De tes blés, nous serons jaloux :
Lorsque ta moisson sera mûre,
Ils seront plus dorés que nous ! »
4. C'est Elle, derrière les haies,
Qui vient dire aux jeunes amants :
« Aimez-vous bien sous les futaies !
Vous n'aurez pas toujours vingt ans. »
Au printemps, pleine de mystère,
Elle pleure et rit tour-à-tour,
Et l'on croirait que c'est la Terre
Qui pousse un long soupir d'amour.
5. Aussi, quittant leur amoureuse,
Lorsque nos gâs s'en vont en mer,
Ils attachent à leur vareuse
Un brin du genêt jaune et vert,
Et quand, par les nuits de tempête,
La Vague enfle sa grosse Voix,
La petite fleur leur répète
Un écho de l'air d'autrefois.
6. Amis, creusez dans la grand'lande
Ma tombe, au pied d'un vieux menhir !
Telle est ma dernière demande,
Gardez-en bien le souvenir...
Là, je dormirais sous la mousse
Qui me garderait du soleil,
Et cette Voix plaintive et douce
Bercerait mon dernier sommeil ;
Mon âme, sur la lande immense,
Viendrait encor
Écouter l'étrange Romance
Des genêts d'or !