La partition « La Vilaine »

E. Feautrier

 

Cette ballade raconte la légende poétique et tragique de la création du fleuve breton la Vilaine avec une pauvre fille. Tombée follement amoureuse du jeune seigneur du manoir local, elle le suit à pied lorsqu'il part en guerre...


La Vilaine

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E. Feautrier
Paroles de Théodore Botrel
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Paroles

1. D'après les anciens Écrits,
C'est au temps où, dans Paris,
La Duchesse Anne était Reine
Qu'un soir d'Automne éploré
Naquit, auprès de Vitré,
La Vilaine !
Il faut en faire l'aveu :
Elle était bossue un peu
Et boitait à faire peine ;
Il suffisait de cela
Pour que chacun l'appelât
« La Vilaine ! »

2. Or, un jour que dans les prés
La fille aux cheveux dorés
Cueillait l'humble marjolaine,
L'héritier du vieux Manoir
Frôla, sans même la voir,
La Vilaine !
Mais, depuis ce maudit jour,
La pauvresse aima d'amour
Le fils de la châtelaine ;
Et, rôdant aux alentours,
Depuis lors on vit toujours
La Vilaine !

3. Et quand le Seigneur hautain
Partit en guerre, un matin,
Pour agrandir son Domaine,
Auprès de son destrier
Il vit, tendant l'étrier,
La Vilaine !
Bravant le sort hasardeux
L'Adoré piqua des deux,
Suivi de son capitaine ;
Et l'on vit, près des chevaux,
Courant par monts et par vaux,
La Vilaine !

4. Près des coursiers haletants
La « pauvre » alla bien longtemps...
Jusqu'aux collines du Maine ;
S'écria, morte à moitié :
« Seigneur ! prenez en pitié
La Vilaine ! »
Et l'ingrat, riant bien fort,
Jette une des pièces d'or
Dont son escarcelle est pleine ;
Puis il disparaît soudain,
Laissant au bord du chemin
La Vilaine !

5. L'enfant, voyant son amour
Disparaître sans retour,
Sanglotait à perdre haleine,
Tant ! que son cœur se fendit...
Et c'est ainsi que partit
La Vilaine !
Aux lieux où l'enfant pleura
Une source se montra
Dont elle fut la marraine :
La rivière qui coula
Depuis ce jour s'appela :
« La Vilaine ! »

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