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L'évolution des voix dans la variété française

27 août 2014
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Jean-Baptiste
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L'évolution des voix dans la variété française

J'expose le sujet. Vous savez qu'en chorale, on divise les voix (principalement) en quatre pour respecter le registre de chacun. Du plus aigu au plus grave : soprano, alto, ténor, basse. Logiquement, dans la variété française, on devrait retrouver plus ou moins à égalité ces quatre voix, non ? Eh bien, j'affirme, quant à moi que, sauf quelques très rares exceptions, tous les hommes sont barytons/ténors ou ténors et toutes les femmes sont altos. Ah bon ? Oui, monsieur, c'est absolument flagrant et laissez-moi vous donner de nombreux exemples.

Je ne suis plus enseignant depuis 2 ans mais une expérience de 12 ans me permet de dire que j'ai vu (et entendu) les voix des filles devenir de plus en plus graves. Je suis arrivé sur le marché de l'enseignement de la musique en 2000. À l'époque, on trouvait encore des partitions avec des mi aigus et tout le monde était d'accord pour dire qu'il fallait les réserver aux chorales. D'accord. Ré aigu était le maximum mais on était rarement en difficulté en proposant cette note aux élèves. Il est aujourd'hui parfaitement impossible de la demander à des filles de 13 à 15 ans. J'ai été contraint de transposer vers le bas, toujours plus bas mes partitions pour contenter les filles. Oui mais... ! Les garçons ? Bien sûr, vous me voyez venir. Il y a un moment où les garçons, je ne parle même pas de ceux qui sont en cours de mue, ne suivent plus. Le la grave est la note la plus basse que l'on puisse demander à des garçons de 13-15 qui ont fini ou presque leur transformation, là où les filles, elles, nous sortent tranquillement un ré grave. Aïe ! C'est un fait. Il fallait soit proposer des chants qui montaient peu et descendaient peu, soit faire chanter filles et garçons à part, soit accepter que certaines élèves soient à la ramasse.

Ce phénomène, qu'il soit social ou environnemental, est indéniable et se retrouve dans la variété. Finis les Jean Ferrat, les Georges Moustaki, Maxime le Forestier, Serge Reggiani à la voix de basse bien posée et des centaines d'autres pour les voix de barytons. Aujourd'hui les hommes chantent ténor. Vous pourrez me citer Marc Lavoine, qui ne "chante" pas vraiment. Des exemples, en voici, il n'y a que ça. Essayez de chanter en même temps et voyez si vous chantez à la même octave ou non.

Calogero :



Christophe Maé :



Mickael Miro :



Grégory Lemarchal :



Christophe Willem :



Et chez les filles, c'est l'inverse. Attention, on ne peut pas se fier au timbre de la voix. On peut entendre une petit voix doucerette et se laisser berner. Toutes les voix ci-dessous sont réellement graves et je n'ai pas eu à chercher bien loin pour trouver des exemples, comme je l'ai déjà dit, il n'y a que ça. La note la plus grave peut être un do, celui du deuxième interligne de clef de fa, pour la plus aiguë, un si, troisième ligne de la portée de clef de sol, est déjà énorme.

Indila :



Carla Bruni :



Shy'm :


Tal :



Olivia Ruiz :


Mais c'est dans les duos ou les ensembles que c'est le plus intéressant, quand les femmes chantent à la même octave que les hommes. Là encore, les exemples sont nombreux :


Paris Africa - Faire des ricochets :



Alibert et Alizée - Mon petit doigt m'a dit :



Aldebert et Claire Keim - Les amoureux :



Les Enfoirés - Le temps qui court :



Matthieu Chedid et Camille - Au suivant :



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Utilisateur N°1Catherine le 2021-07-28 à 17h08

Soprano lyrique, professeur indépendant de chant, j'ai dû diversifier ma pratique pour remplir mon emploi du temps et je donne donc également des cours de chant variété. Je trouve votre analyse très juste et je regrette que toute la riche palette de la voix humaine ne soit plus représentée que dans la sphère très confidentielle du chant lyrique. J'ai donné cours à des adolescentes qui prenaient pour modèle des chanteuses qui avaient quinze ou vingt ans de plus qu'elles, et dont elles cherchaient à atteindre les graves en forçant leur voix. Je me suis efforcée de leur trouver des exemples de chanteuses de variété jeunes, à la voix aiguë et légère (si si, on en trouve).
Je trouve vraiment dommage de vouloir faire entrer tout le monde dans le même moule. C'est la diversité des voix qui est belle. J'ai également un élève homme qui ne sait pas lire la musique et chante à l'oreille. Il a une magnifique voix de baryton-basse et en variété, on ne trouve rien pour lui, à part des chanteurs dont la voix est grave à cause des excès d'alcool ou de tabac, et qui ne peuvent pas lui servir d'exemple. Je lui fais donc travailler des airs d'opéra.
Pour ce qui est de n'avoir en variété que des ténors ou des barytons légers, je crois que c'est dû au jeunisme ambiant. Et pour les femmes, difficile de dire. Peut-être les voix aiguës sont-elles considérées comme trop enfantines ou innocentes ? En tout cas je crois beaucoup plus à un phénomène de mode qu'à un problème de perturbateurs endocriniens. La voix de tête n'est presque pas utilisée, alors qu'elle apporte une fragilité très touchante.
Oui, vraiment, quel dommage de se priver de toute cette diversité !

Utilisateur N°2Webmaster le 2018-11-07 à 14h52

Mon expérience chorale ne va pas du tout dans votre sens. Je pense que la voix la plus courante est la voix d'alto et les mezzo-soprano sont placées chez les sopranos. D'ailleurs les harmonisateurs ne s'y trompent pas ; ils n'écrivent plus une seule note au dessus du mi.

Il y a peut-être des facteurs environnementaux qui explique ceci ou qui pourraient l'expliquer si les scientifiques se penchaient vraiment dessus.

Sexisme ou pas certaines voix sont criardes, d'autres sont inaudibles.C'est vous seule qui parlez de voix "pas masculines" pour ensuite appeler cela du sexisme. C'est curieux, non ?

Utilisateur N°3Solenou le 2018-11-07 à 14h44

Ce n'est pas qu'une une question de type de voix, c'est une question de mode et de technique vocale. En France la voix féminine la plus courante.. est mezzo, dans la plupart des choeurs, les mezzo sont placés dans les pupitres des Alti.. Ce qui peut être parfois pénible.
une chanteuse qui travaille sa voi vas développer ses aigues et ses graves... Donc comme c'est la mode, beaucoup de femmes vont chanter dans un registre plus grave. Pour les hommes il y a 30 ans, à part dans les choeur classiques, peu de chanteurs explotaient leurs voix de tetes, polnareff, a quand même sortie un titre pour justifier sa masculinité " je suis un homme "
Bellavoine a aussi ouvert la voie...
Tout cela est une question de mode.... Rien à voir avec le féminisme bien au contraire, c'est le sexisme qui tend à considérer qu'une voix de femmes aigues est considérés comme criardes ... et qu'une voix d'hommes aigues n'est pas masculine. Ce n'est certainement pas le féminisme qui a poussé les femmes a chanter plus grave. Mais le public et les producteurs qui font la part belle aux chanteuses à la voix plus graves.
En variété, une chanteuse a la voix aigues aura plus de mal à percer et devra avoir une voix et une technique exeptionnelle. On les retrouve donc en lyrique
D'ailleurs les vrais altis sont les voix francaises féminines les plus rares... Je peux rajouter que les jeunes filles aient du mal à chanter les aigues, c'est aussi lié aux répertoires qu'elles vont chanter, dans leurs loisirs. vu que c'est la mode des voix graves elles ne développent pas leurs aigues...

Utilisateur N°4Jean Cérien le 2015-07-02 à 00h13

Pas besoin de chercher bien loin les causes : entre le féminisme ayant largement dépassé le juste objectif initial pour devenir une idéologie castratrice dont les tenantes voudraient être nées hommes, les p.. lavettes qui s'écrasent en face d'elles au lieu d'affirmer leur identité et défendre leurs droits, et put-être aussi les perturbateurs endocriniens auxquels il arrive que nous ne soyons pas exposés si nous avons énormément de chance et un système de dépollution de l'air sacrément efficace, force est de constater que les c.. hormones virilisant la voix ont changé de sexe!

Utilisateur N°5MAUS le 2014-09-01 à 22h18

Très bon article (et comme il est complet j'ai pas tout vu), mais déjà la démonstration est assez évidente
pour les hommes les choses avaient commencées avec le grand Balavoine
J'ai fait un peu de chorale, et l'a par contre c'est l'inverse on recherche desesperement des ténors (et un baryton léger peut rapidement être mis dans le pupitre des ténors par un chef de chœur peu scrupuleux .Le choriste aura intérêt a prendre des cours de chats pour pas s"abîmer la voix.....)

Utilisateur N°6pixelline le 2014-08-28 à 17h48

Un grand merci pour toutes ces explications, notre chorale s'en est aperçu lors des répétitions pour nos spectacles, le musicien qui nous fait les bandes-son doit descendre ou monter d'un ton (+ ou -).
Bonne rentrée à vous
Pixelline