Paroles
PIERRE :
Voisin, d'puisqu'j'ai perdu ma femme, je dessèche de désespoir.
MATHURIN :
Mon âne est mort hier au soir, comm'...
PIERRE :
Elle était pleine d'qualités...
MATHURIN :
C'était une excellente bête ; c'est tous l's écus qu'çà m'a coutés !
PIERRE (à part) :
Méfions nous !
MATHURIN (haut) :
L'vétérinaire Numa til... Le médecin... l'apothicaire... Tout çà, maint'nant, c'est excessif.
PIERRE :
Pas encore vif !
MATHURIN :
Tout çà, maint'nant, c'est excessif.
PIERRE (avec émotion) :
Mon Dieu, que j'prends part à vos peines !
MATHURIN (à part) :
P'tet' ben qu'il a besoin d'argent.
PIERRE :
Votre douleur est ben la mienne....
MATHURIN (haut avec émotion) :
Voisin, vous êt's trop obligeant !
ENSEMBLE :
Certes ! votre chagrin, Mon voisin, me paraît très sincère.
Un coup d'cîdre au matin, au matin, çà n'se refuse guère,
Un coup d'cîdre au matin, çà n'se refuse guère, çà vous met ben en train.
PIERRE (gaîment) :
Topez là, compère.
PIERRE :
Vous savez, voisin, je le gage, qu'a vot' fill' mon fils fait la cour ?
Il faudra finir un beau jour par les unir en mariage.
MATHURIN (insinuant) :
Combien donnez vous à vot' fille ?
PIERRE :
C'est même urgent !
MATHURIN :
E-vi-dem-ment !
PIERRE :
Morguenne ! morguenne ! n'est-elle pas assez gentille ?
Qu'a t'ell' besoin d'avoir d'l'argent ? Dotez vot' fils si vous êt's riche, Moi, je n'lach'rai pas mes écus !
MATHURIN :
Doter mon fils !.. pas si godiche ! Il aura ses bras, il aura ses bras et rien d'plus.
PIERRE :
Rien d'plus ?
MATHURIN :
Rien d'plus. Dam ! après tout qu'chacun travaille, l'bonheur ne vient pas en dormant ; Pour ses enfants s'mett' sur la paille ! Non, ça s'rait pas d'un vrai normand.
(Rires et exclamations : ah ! ah ! ah !)
MATHURIN :
Parlons d'un chose sérieuse : s'agit d'vot' champ que j'veux ach'ter.
PIERRE :
Quant à çà, j'peux vous répéter qu'c'est une terre précieuse.
MATHURIN :
Voyons ! quel prix en voulez vous ?
PIERRE :
Ça dépend de c'que vaut l'mètre...
MATHURIN :
Dit's m'e c'que vous voulez y mettre ?
PIERRE :
Ça vaut c'que ça vaut, entre nous.
Dites le vôtre ?... quoi ?...
Eh bien, c'est dit... j'vous promets pas plus cher à vous qu'à tout autre...
ENSEMBLE :
Comm'ça nous n'finirons jamais !
MATHURIN :
C'est vrai ! nous n'finirons jamais !
PIERRE :
Eh bien ! allons chez le notaire Pour nous mettr' d'accord sur le prix...
MATHURIN (à part) :
Les paroles, çà n'tient guère, Mais les écrits c'est des écrits.
PIERRE (à part) :
Il est assez malin, le voisin Pour traiter une affaire...
ENSEMBLE :
Un coup d'cîdre au matin, au matin, çà n'se refuse guère,
Un coup d'cîdre au matin, çà n'se refuse guère, çà vous met ben en train.
Topez là, compère !