Rossignol mon mignon, qui dans cette saulaie
Vas seul de branche en branche à ton gré voletant,
Degoisant à l'envie de moi qui vais chantant
Celle qui faut toujours que dans la bouche j'aie.
Nous soupirons tous deux; ta douce voix s'essaie
De flechir celle-là, qui te va tourmentant,
Et moi, je suis aussi cette-là regrettant
Qui m'a fait dans le coeur une si aigre plaie.
Toutefois, Rossignol, nous différons d'un point
C'est que tu es aimé, et je ne le suis point,
Bien que tous deux ayons les Musiques pareilles:
Car tu fléchis t'amie au doux bruit de tes sons,
Mais la mienne qui prend à dépit mes chansons
Pour ne les écouter se bouche les oreilles.