Paroles
1. Aux sorciers l'on ne croit plus guère ;
Pourtant, amis, j'en connais un
Dont l'antre qui n'a rien d'austère
Est à l'enseigne du Pot brun.
Il a la face rubiconde,
Et, sur son comptoir de noyer,
Les bras nus, ceint d'un tablier,
Il verse gaîment à la ronde.
Chez le sorcier bourguignon
Venez boire ;
Pour y croire,
On est sauvé du guignon,
Chez le sorcier bourguignon !
2. À l'amoureuse délaissée,
L'amant qui pleure son roman,
Sa liqueur aussitôt versée
Opère un double enchantement.
L'une qui regrettait oublie,
L'autre qui pleurait rit déjà ;
Et, nouveau couple, les voilà
En route encor pour la folie !
3. C'est chez lui que le pauvre hère
Vient chercher des illusions,
Il buit, et dès le premier verre
Le gueux voit tomber ses haillons.
Plus d'indigence, plus de peines !
Il est heureux, il resplendit,
Des perles couvrent son habit,
L'or sonne dans ses poches pleines !
4. Tout est dans son pot brun magique :
L'espoir, la gloire, la gaîté ;
La croyance pour le sceptique ;
Pour le captif la liberté ;
Le poète y trouve la rime ;
Au spirite il rend la raison ;
C'est le fard dont se sert Lison,
Pour tous c'est le feu qui ranime !
5. L'autre jour derrière les tonnes
L'aimable sorcier m'appela.
Des prodiges dont tu t'étonnes,
Tout le secret, dit-il, est là.
Mon philtre est des coteaux d'Auxerre ;
Et j'en ai cent muids sur chantier...
Je suis un habile sorcier
Car j'ai le soleil pour compère.