Paroles
1. Chêne que le feu du nuage
Épargna des siècles entiers,
Tu tombes sous le martelage
Des pauvres gardes forestiers !
Je vais je crois commettre un crime
En te frappant roi des forêts...
Mais un oiseau chante à la cime
D'un chêne qui croît tout auprès...
Ô ma coignée,
Fais ton devoir,
La soupe de ce soir
N'est pas gagnée !
2. Peut-être verra-t-on j'y pense
Ton bois faire sous le rabot
La porte arrêtant l'espérance
Sur le seuil d'un sombre cachot ?...
Tu sus toujours contre l'orage
Protéger tant de pèlerins,
Qu'épave sainte du naufrage
Tu sauras sauver nos marins.
3. Si dans ton vieux tronc si robuste
On trouvait l'instrument du sang
Que nous voyons parfois injuste
Frapper de mort un innocent ?...
Des nids tu sais trop les ivresses
Pour n'être pas le lit heureux,
Gardien fidèle des tendresses
Qu'un jour d'hymen on dit à deux.
4. Si ton corps à la cime altière,
En bois de parquet débité,
N'essuyait plus que la poussière
Des souliers de la vanité...
Non... dans la flèche d'une église
Te dressant comme un doigt de Dieu,
Tu feras tourner à la brise
Un beau coq d'or dans le ciel bleu !
5. Vivant d'une si belle vie !...
De soleil, d'oiseaux et de fleurs ;
Iras-tu, cercueil qu'on oublie,
Pourrir dans quelques profondeurs ?
Tu fus témoin de tant de fêtes
Que le moindre de tes tronçons,
Voudra nous bâtir vingt feuillettes
Encerclant du vin vieux et des chansons !
6. Je veux frapper ! Je sens ma hache
Hésiter au bout de mes bras...
Allons, exécutons ma tâche !
Marmots, femme attendent là-bas !
Ils ont fait froidir dans mes veines
Le sang qui si chaud me parla !
Il faut abattre tant de chênes
Pour nourrir ces fronts roses-là !