Paroles
Du temps où les bêtes parlaient,
La pie était muette.
Tandis que d'autres roucoulaient,
Elle passait, discrète.
Sans grand mérite, en vérité,
La pie n'ayant pas eu le filet coupé.
1. Mais si la pie était sans voix,
La pie était voleuse,
Dévastant les nids et les bois,
Voleuse et recéleuse.
S'acharnant surtout à piller,
La pie,
Ce qui lui paraissait briller.
2. Vous pensez ce qu'elle entr'ouvrit
De grands yeux à la brune,
La première fois qu'elle vit
Le croissant de la lune...
Prenant ses ailes à son cou,
La pie,
Vers le ciel partit d'un vol fou !
3. Au grand risque de se frôler
Les ailes aux étoiles,
On la vit, comme un trait, filer
À vous glacer les moelles ;
Parvenue enfin au croissant,
La pie,
Donna du bec en grimaçant.
4. Mais le croissant bien affilé,
Du tranchant de sa lame
Lui coupa tout net le filet...
Elle crut rendre l'âme !
On vit retomber aussitôt
La pie,
Sur le flanc boisé d'un coteau.
5. Mais, depuis, elle peut parler,
Et si elle en abuse,
Ce n'est point pour se consoler
Ni taquiner la Muse :
Elle se vante à tous venants,
La pie,
D'avoir pris la lune à ses dents!